Boulot, Expérience, Vie pratique

[Article invité] Changer de carrière au Canada (2ème partie)

Changer de carrière au Canada est difficile. Souvenez-vous, dans mon article précédent, je n’avais absolument pas trouvé de travail après plusieurs mois de recherche.

Prendre un petit job en attendant

Bref, nous voici donc trois mois après l’arrivée, sans la moindre perspective d’emploi à l’horizon, nos finances s’amenuisant à vue d’œil ; les centres d’appels se rapprochaient de jour en jour… C’est à ce moment-là que, le ventre vide et le cœur lourd (ok, je dramatise un peu), j’ai pris deux décisions stratégiques, l’une plutôt intelligente, l’autre complètement débile. Primo, j’ai dû me résoudre à faire un pas en arrière et retourner pour un temps vers la carrière que j’avais abandonnée en France : j’ai donc commencé à chercher des contrats de consultant en freelance auprès de mes anciens clients. J’en ai trouvé mais peu, tard et de petite taille, ce qui, si cela nous a permis de survivre quelques semaines supplémentaires, n’était pas non plus suffisant pour que j’envisage de me lancer en consultant indépendant à temps plein. C’est là que j’ai pris la seconde décision (la débile) : devenir agent d’assurances pour une grande banque canadienne !

Devenir agent d’assurances au Canada

J’avais rencontré un de leurs recruteurs lors d’une foire à l’emploi de Toronto et il s’était montré tellement convaincant (normal, c’est son métier mais lorsque vous en êtes à plusieurs mois d’inactivité, la lucidité n’est plus qu’un lointain souvenir) que j’avais fini par me laisser tenter, même si ça ne m’intéressait pas du tout et que c’était très, mais vraiment très en-deçà de mon niveau de qualifications. Je me suis donc lancé, la fleur au fusil, dans la préparation du concours provincial, que j’ai passé en un mois. J’ai ensuite commencé la formation interne à la banque en question et c’est là que j’ai commencé à réaliser l’infinie et insondable crétinerie de ce que je m’apprêtais à faire. Au bout d’un mois de formation, je les ai (même pas) gentiment remercié avant de partir en courant.

Premier contact via une boite de recrutement

Nous en étions à 6 mois de présence au Canada et non seulement je n’avais pas la moindre opportunité à l’horizon mais en plus j’avais bêtement perdu 3 mois à tourner en rond dans une impasse. Retour au point de départ, donc : envoi de CV, « réseautage » effréné sur LinkedIn, et même rencontre avec des escrocs du recrutement qui me proposaient ni plus ni moins que de me délester de 5000 dollars en échange de leurs « services » (cette histoire vaudrait un article en soi donc je ne développe pas). Jusqu’à ce qu’un jour, je reçoive un message bizarre d’une boîte de recrutement que je n’avais jamais contactée, me demandant de faire un test de personnalité sur leur site ; les tests de personnalité en ligne, ça m’avait valu une exclusion à vie de Meetic il y a quelques années donc j’étais plutôt méfiant mais j’ai quand même passé le test.

Apparemment, les recruteurs canadiens sont moins regardants que les algorithmes de Meetic puisqu’une semaine plus tard, je recevais une convocation à un entretien ; il s’avérait que la boîte de RH en question s’occupait en fait du recrutement d’une des firmes auxquelles j’avais postulé. L’entretien se passe comme dans un rêve (merci les guides d’entretien !!!) et je suis donc qualifié pour la suite du processus, qui consistera en 2 entretiens supplémentaires et une étude de cas à présenter (oui, à un moment, ils finissent quand même par vous demander de prouver que vous êtes vraiment capable de faire le boulot auquel vous postulez). Deux jours après ma présentation, je recevais un appel de la boîte RH, m’informant que le cabinet de conseil en question avait préparé une offre pour moi et que je devais me préparer à commencer le boulot sous 2-3 semaines.

Changer de carrière au Canada : c’est possible !

Bilan des courses : je commence une nouvelle carrière passionnante, très loin des politiques économiques (je fais des études de marché et du marketing quantitatif). Accessoirement, je gagne environ 1200 dollars nets de plus par mois que ce que je gagnais en France, alors que je suis à un poste hiérarchiquement plus bas (normal, je suis nouveau dans le secteur alors que j’étais « sénior » en France). Ironie de l’histoire : la boîte pour laquelle je travaille faisait partie des quelques rares à m’avoir répondu lorsque, de France, j’avais commencé à chercher un job sur Toronto, quasiment un an jour pour jour avant qu’ils ne m’embauchent. Ça n’avait pas marché à l’époque mais ils avaient aimé ma lettre de motivation et se souvenaient de moi lorsque j’ai postulé une seconde fois.

Qu’est-ce que je retiens de tout cela ? Outre la cure d’humilité, j’en retiens qu’il ne faut pas baisser les bras et toujours maintenir un bon contact avec les recruteurs potentiels, même et surtout après un refus ; ça ne marche pas aujourd’hui mais ça peut marcher demain, on ne sait jamais. J’en retiens aussi que ma plus grosse erreur aura été de sous-estimer la difficulté de changer de pays et de carrière en même temps. Mais restons positif : la morale de cette histoire est qu’il est tout à fait possible d’opérer ce type de changement.

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20 Commentaires

  • Répondre Thierry 8 avril 2012 at 11:02

    Merci pour cet article ; je me retrouve pas mal dans ton expérience (à mon niveau).

    Quant à ça : “j’en retiens qu’il ne faut pas baisser les bras et toujours maintenir un bon contact avec les recruteurs potentiels, même et surtout après un refus ; ça ne marche pas aujourd’hui mais ça peut marcher demain, on ne sait jamais.”

    … comme avec les femmes, en fait ! :p

  • Répondre raphaelle 9 avril 2012 at 8:39

    merci pour cet article en 2 parties… j espère qu il sera lu par le plus grand nombre… ça au moins, c est la réalité de ce qu il se passe ici ! sans détours ni embellissement ni exagération !

  • Répondre Fred 10 avril 2012 at 10:28

    Merci de vos messages. Effectivement, j’espère que cela pourra aider certains candidats au départ à prendre la bonne décision. Si j’avais su avant de venir tout ce que je sais maintenant, j’aurais à coup sûr organisé mon départ différemment…mais je serais quand même venu ici 🙂

  • Répondre Richard 11 avril 2012 at 11:19

    Bonjour,

    Merci pour ce témoignage. J’ai une petite question : pourquoi est-ce débile de devenir agent d’assurances ?

  • Répondre Vincent 11 avril 2012 at 6:37

    Le mot clé est bien “humilité”… Il y a quelques phrases dans les 2 parties de ton histoire qui laissent entendre que tu pensais arriver en terrain conquis avec ton magnifique CV…

  • Répondre Lisa 11 avril 2012 at 10:46

    @Vincent: Oui ce qui n’est absolument pas le cas, il faut le préciser ! Le Canada n’a pas attendu les Français pour prospérer qu’on se le dise !

  • Répondre Angélique 12 avril 2012 at 12:00

    @Richard: moi j’ai fait encore une plus grande bétise: j’ai quitté mon emploi pour devenir agent d’assurance. J’ai complètement été bleuffée: comme le dit Fred, c’est leur métier de te convaincre sans que tu t’en rends compte. J’ai passée ma certification/examen et j’ai terminé mon stage de 3 mois avant de dire bye, bye. En soit j’aimais l’idée de ne travailler que 4 jours par semaine et de rencontrer des clients et que j’aurai exceptionnellement un bon salaire de base pendant un an (ce qui est un mensonge) Le gros hic est qu’il faut faire de la prospection et les gens se méfient des agents d’assurance. Nous sommes payés à la commission ce qui veut dire que tu as une grande chance de gagner moins qu’une caissière.

  • Répondre Fred 13 avril 2012 at 11:16

    @Richard: En soi, ça n’a rien de débile, c’était juste tellement éloigné de mes compétences et de mes envies que c’était vraiment une mauvaise idée dans mon cas.

    Si ça t’intéresse, sache quand-même que les “agents d’assurance” au Canada sont avant tout des VRP, intégralement payés à la commission, et que ça fait partie de ces “petits” boulots qui n’intéressent quasiment que les nouveaux arrivants (je ne connais aucun canadien ou RP de longue date qui fasse ce job). Certains parviennent à bien en vivre après quelques années, une fois que leur clientèle est bien établie, mais quand tu es un nouvel arrivant et que par définition tu n’as aucun réseau, ça implique de passer des heures à démarcher les gens au téléphone, dans les centres commerciaux ou carrément en porte à porte. Personnellement, je n’ai absolument aucun talent pour la vente donc ce n’était clairement pas pour moi mais si ça t’intéresse et si tu es doué pour la vente, tu peux tenter le coup, surtout en Ontario où il y a un gros déficit en agents d’assurance francophones.

    Pour ma part, le seul aspect positif que j’en retiens, c’est que cela m’aura permis de me familiariser avec le système financier canadien, ce qui est déjà pas mal vu la complexité de la chose. Je suis désormais (quasiment) incollable sur les assurances-vie, retraites, santé, produits financiers, etc. offerts au Canada; très utile pour savoir comment placer les économies que je n’ai pas encore! 😉

  • Répondre Fred 13 avril 2012 at 11:18

    @Vincent: Effectivement, et je pense que c’est l’erreur que font la plupart des immigrants qui arrivent ici (pas uniquement les français d’ailleurs). Ceci dit, c’est une erreur presqu’inévitable en pratique: nous débarquons tous ici avec beaucoup d’espoir et des attentes très élevées. Ce n’est pas tant un manque d’humilité (je ne passe pas pour quelqu’un de prétentieux auprès de mes proches), c’est surtout une méconnaissance de la réalité qui fait qu’avant le départ, on se berce d’illusions sur ce que va être notre nouvelle vie au Canada, comme si par miracle il suffisait de traverser l’atlantique pour que tout s’arrange.

    Mais je crois aussi que cette forme d’ambition est indispensable à la réussite ici: l’immigration doit comporter un projet de vie précis et des objectifs clairement définis pour être réussie (pas forcément lié à la réussite financière ou professionnelle d’ailleurs, même si c’est ce qui attire la plupart des immigrants). Ceux qui n’ont aucun projet précis ont à mon avis beaucoup plus de chances de se planter que ceux qui viennent avec de l’ambition…ne serait-ce que parce que les seconds finissent par “bouffer” les premiers vu la compétition permanente qui règne dans le pays pour avoir les meilleurs jobs, apparts, écoles, médecins, etc.

  • Répondre Lisa 13 avril 2012 at 10:32

    @Fred: Je dirais surtout dans le cas du Québec (mais ne nous leurrons pas, beaucoup de Français viennent en Ontario via le Québec) que le Canada est survendu à ses futurs immigrants. Du coup difficile de ne pas faire la tête quand on se rend compte de la difficulté de trouver un poste intéressant.

    Par contre je ne suis pas d’accord, moi j’ai plutôt vu des gens heureux ici et qui étaient arrivés sans ambition aucune en se disant qu’ils allaient voir un peu si ça allait marcher ou pas. Et quand ils ont quitté la France avec rien et ont trouvé ici et ben ils étaient super ravis !
    Au contraire, ceux qui avaient beaucoup d’ambition (Et peut-être un bon job en France ?) sont un peu repartis la queue entre les jambes… Je généralise mais dans mon entourage j’ai surtout rencontré des gens avec ces profils.

    Après évidemment si tu viens complètement à l’arrache, t’as d’énormes chances de te planter.

  • Répondre Lisa 14 avril 2012 at 11:57

    @Thierry: Ah oui ? J’aurais pensé le contraire. Les crèches ne coûtent rien par exemple et la vie est moins chère qu’en Ontario.

    Imagine, chez nous à Toronto, tu payes 1500 $ de crèche par mois pour ton gamin ! N’IMPORTE QUOI ! Quand tu en as deux, ça dépasse les 2000 (et donc l’entendement). Les femmes ont donc tout intérêt à rester chez elles car elles touchent 450 $ par semaine de congé mat. Alors que si elles vont bosser, tu retires 1500 $ par mois de leur salaire pour la crèche et voila… (Dans mon cas ce serait donc presque aussi avantageux de rester chez moi ! Gloups…) Rien que pour ça je ne me vois pas être mère ici.

  • Répondre Thierry 14 avril 2012 at 10:05

    Tout à fait d’accord avec ton analyse, Lisa.

    En clair, le Québec (surtout) n’est pas fait pour une famille avec 3 enfants (faut-il être fou ?), de grands diplômés ou des couples ayant passé la quarantaine…
    C’est un peu simpliste mais, globalement, c’est ça.

    Et de toute façon, très, très peu de Français finiront leurs jours au Canada, pour tout un tas de raisons.

  • Répondre Thierry 14 avril 2012 at 12:28

    Je me suis mal exprimé. Je parlais des candidats à l’immigration.

    Venir s’installer au Québec à plus de 40 ans, ou avec 3 gosses (en ayant vendu la maison), ou en étant très diplômé, c’est très “dangereux”…

    Pour le reste, je suis d’accord avec toi, bien que je ne connaisse pas grand chose de l’Ontario. 😉

  • Répondre Richard 17 avril 2012 at 4:56

    Salut Fred,

    Merci pour ta réponse. Et à vrai dire tu m’as tendu la perche pour te poser une question…..vu que tu es un spécialiste des produits financiers ;-)…..j’ai une petite question pour toi: que penses-tu des fonds indiciels ?

    J’ai entendu dire que c’est un placement peu risqué qui peut rapporter de bon rendement. Tu en penses quoi ?

    Merci 😉

  • Répondre Fred 18 avril 2012 at 12:51

    @Richard: Oula! Je ne suis pas conseiller financier (loin de là) et je ne prendrai pas le risque de conseiller quoi que ce soit, a fortiori sur un blog qui n’est pas le mien. Cela dépend avant tout de tes objectifs (épargne liquide, retraite, investissement, etc.) et de ta tolérance au risque. La performance dépend aussi bien sûr de l’institution qui gère tes fonds donc mon seul conseil serait de faire le tour des banques et compagnies d’assurances (et “brokers”) et voir ce qu’elles te proposent. La plupart se “spécialisent” sur des segments particuliers de clients (voire sur des professions) et donc sur des produits spécifiques; tu devrais donc avoir l’embarras du choix.

  • Répondre Richard 20 avril 2012 at 5:08

    Merci Fred 😉

  • Répondre val 25 mai 2016 at 9:25

    Super article complet et très utile pour celles et ceux tentés par l’aventure canadienne. Grâce aux retours constructifs de Français et de leurs véritables expériences, on sort un peu de cette image d’Épinal. De nombreux Français au Canada, tout comme la presse en France, continuent d’alimenter ce rêve canadien. Cela n’empêche nullement le questionnement et le départ mais en toute connaissance de cause. Pour ma part, fonctionnaire également, bac +5, je serai tentée de tout recommencer là-bas. Par goût du risque et du challenge. Pour se trouver également quand on n’a pas eu le temps de réfléchir à son projet de vie. Connaître les difficultés et les rouages permettent de se préparer en tout humilité. Merci encore Fred ! 😉

  • Répondre lioret mélodie 15 janvier 2017 at 3:18

    Salut!
    Tu parles de guides d’entretiens qui t’ont bien aidé pour ta recherche d’emploi. Peux tu me dire où tu les as trouvé et leurs noms s’il te plaît? J’avoue que j’angoisse un peu alors ça m’aidera sûrement. Merci.

  • Répondre Bretonneau 5 septembre 2018 at 11:00

    Bonjour,
    Tout comme Mélodie je serais intéressé par le nom du guide d’entretien ?

    Pour l’instant j’ai un petit boulot dans un hôtel. Mais j’envisage prochainement de chercher quelque chose “de plus sérieux”.

    Merci,

    • Répondre Lisa 10 septembre 2018 at 8:26

      Hello !

      J’ai contacté Fred mais malheureusement il n’a plus les références de ces guides qu’il n’a également plus en sa possession aujourd’hui…

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