Vie pratique

Les relations amoureuses en Amérique du Nord



Je discutais avec ma copine canadienne (appelons-la Christina) qui me racontait qu’elle « voyait » (important pour la suite) un avocat quarantenaire avec 2 enfants majeurs et qu’elle ne savait pas si leur relation allait marcher.

Christina, 30 ans, flamboyante, toujours très apprêtée (du genre à mettre 3 h pour se préparer chaque matin, une vraie canadienne en somme), plein d’amis, une vie bien remplie et un boulot prenant n’est pas encore casée. Et à 30 ans, au Canada, ne pas être casée passé 30 ans c’est disons, sociologiquement « mal vu ». Pas par les gens qui l’entourent (heureusement qu’il y a plein de célibataires qui ont 30 ans !) mais plutôt par elle-même et par l’image qui ressort quand à 30 ans on n’est ni mariée ni fiancée. En gros, les canadiennes ont un peu toutes envie d’avoir la bague au doigt à 30 ans sinon ça fait pas très sérieux. Bien que Christina soit divorcée hein ! Donc techniquement bon…

Christina m’a alors confié qu’elle n’était pas sure que ça marche avec sa « date » (vous noterez qu’il n’y a pas le mot boyfriend) parce qu’il la prenait pour sa girlfriend et avait dit je t’aime alors qu’il n’avait jamais eu le « serious talk » pour définir leur relation.
Alors qu’en France un simple baiser scelle bien souvent le début d’une relation, au Canada ça n’a rien à voir et se fait en plusieurs étapes. Le « serious talk » ou la discussion sérieuse arrivant quand on décide officiellement de se mettre ensemble. Et tant qu’on n’a pas eu cette discussion, en gros on fait ce qu’on veut ! On peut voir 5 personnes différentes et devenir « intimate » (intime) avec elles sans qu’on soit officiellement avec la personne.

Christina avait donc mal pris le fait qu’il n’avait pas eu le courage de lui demander d’abord s’ils étaient officiellement ensemble avant d’assumer que c’était sa petite amie ! Bref ça l’a tellement embarrassé qu’elle a décidé de voir quelqu’un d’autre avant même de lui dire qu’en fait, entre eux, ça ne serait pas possible. Et elle connait le mec depuis des années…

Elle m’avait déjà parlé d’un autre « date » qu’elle voyait il y a quelques mois, elle l’avait rencontré sur Tinder (très utilisé en Amérique du Nord, je ne sais pas ce qu’il en est en France) et ils n’avaient pas eu le temps de définir leur relation parce qu’elle l’avait trouvé trop collant. Donc hop next ! Un peu comme un mouchoir jetable.

Contrairement à ce que TOUS les films (à part peut-être ceux de Judd Apatow) et TOUTES les séries américaines veulent bien nous faire croire, genre un baiser = une relation = un mariage ou presque, les vraies relations amoureuses en Amérique du Nord ne se passent pas du tout comme ça !

Des règles à suivre ou rien !

Rue89 y a même consacré un article en 2011. Hormis le fait de définir sa relation, il y a tout un tas de règles quasi militaires (c’est limite si on ne doit pas ensuite signer un contrat) avant de se mettre officiellement en couple.

Il faut laisser au moins quatre mois à la relation avant de se déclarer officiellement « boyfriend and girlfriend ». Ce nouveau statut s’accompagne de la fameuse discussion sur l’exclusivité : la question « sommes-nous dorénavant exclusifs ? » met un terme à la possibilité de sortir avec plusieurs personnes à la fois.

Voilà ce qu’on peut lire sur Rue89 !

La polygamie, visiblement inscrite dans la Convention du date, est donc étonnamment autorisée aux Etats-Unis : elle ne constitue pas, tant qu’elle est temporaire et justifiée par la sainte volonté de trouver le bon poulain, une faute morale.

En parlant de règles, il faut par exemple faire semblant de bien s’amuser même si on en a rien à faire de la personne en face de soi ! Ce qui revient quand même un peu à la manière qu’ont les Canadiens de vous faire croire qu’ils vous aiment bien au bureau ou autre alors qu’en fait, c’est à peine s’ils vous disent bonjour. Le paraitre, toujours le paraitre.

Une règle encore plus… bizarre est qu’il ne faut absolument JAMAIS envoyer plus de 1 message/texto/email par jour à la personne qui vous plait. Ca parait louche sinon. Ok !

Comment ça marche ?

Voici un site qui explique donc le principe de sortir avec quelqu’un en Amérique du Nord. Attention, c’est archi codifié !

  1. Le premier rendez-vous obligatoire
    Il est obligatoire de proposer à quelqu’un de « sortir » mais dans le sens d’une « date », ce n’est donc pas une relation officielle au sens stricte du terme et ce premier rendez-vous est surtout pour prendre un verre et discuter légèrement avec l’autre. Pourtant et histoire de ne pas perdre son temps, on peut poser des questions super directes du genre « tu gagnes combien ? » et « tu te vois où dans 10 ans ? ». Clairement pas le genre de questions qu’on poserait à un premier rendez-vous en France !
  2. L’homme paye quasi toujours
    L’homme a obligation de payer pour toutes ces « dates » mais surtout à partir de la seconde. On part du principe que la première est davantage un premier entretien (quasi d’embauche !) avec l’autre pour voir si une relation pourrait être envisageable.
  3. Quand s’embrasser ?
    Logiquement et si le premier rendez-vous s’est bien passé, on s’embrasse dès la fin de celui-ci. Mais là où les Français se considéreraient ensemble, il n’en est rien en Amérique du Nord !
  4. Préparer le second rendez-vous et tenter de ne pas passer pour un(e) désespéré(e) !
    Les femmes ne doivent JAMAIS envoyer le premier texto sinon ça fait désespérée. Humm humm ! L’homme doit faire comme s’il était super occupé et doit donc attendre trois jours (!!!) avant d’envoyer un petit texto pour proposer un second rendez-vous.
  5. Quand coucher ensemble ?
    A priori, il faudrait coucher entre le 3ème et le 4ème rendez-vous… Alors ils ne précisent pas qui pose la question… On est en droit de se le demander hein… Mais en gros si rien ne s’est passé après le 4ème rendez-vous, faut s’inquiéter quoi.
  6. Le concept de « bases »
    Les « bases » (ça vient du baseball) permettent de définir le niveau de sexualité entre les deux partenaires. Oui oui ! Il y en a en gros 4, allant du simple bisou à la totale. Je vous laisse les découvrir ici.
  7. Juste sortir ensemble
    Comme je vous l’ai expliqué un peu plus haut, embrasser quelqu’un et faire la totale avec ne veut absolument pas dire qu’on sort ensemble. Non non. L’avantage étant que si vous n’êtes pas sur du mec/nana que vous voyez, la porte reste ouverte puisque vous pouvez voir plusieurs personnes à la fois ! Chez nous, on dirait que la personne nous prend pour un jambon mais en Amérique du Nord, pas du tout.
  8. La fameuse conversation pour définir sa relation
    La voici enfin ! LA conversation qui permet de mettre un terme au « dating » et commencer une vraie relation de petit ami/petite amie avec quelqu’un. Et ça prend… 3 ou 4 mois !
  9. Je t’aime
    Encore quelque chose de très codifié ici. On ne peut pas dire je t’aime avant 6 mois. Imaginez la réaction de Christina quand son avocat (qui n’avait pas défini leur relation) lui a dit « jet ‘aime » (par texto !) après 6 semaines !!!
  10. Le mariage (!)
    La consécration !

Et vous… Vous êtes sorti avec un Nord-Américain ?

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21 Commentaires

  • Répondre Marie 24 juillet 2016 at 9:25

    Oui, je suis sortie avec un Nord-Américain et on a suivi les règles françaises, c’était bien plus fun 🙂

  • Répondre Gaou 24 juillet 2016 at 12:26

    J’avais entendu parler de ces codes qui definissent les relations amoureuses ici et je les ai trouvé hyper rigide. Il n’y a plus rien de spontané et c’est dommage car c’est aussi ce qui fait le charme d’une relation selon moi.
    De maniere génerale, je trouve que le manque de spontaneité est un mal que l’on retrouve dans quasi tous les domaines ici. Tout est hyper codé…

  • Répondre Caroline 25 juillet 2016 at 9:12

    Ça fait beaucoup de généralités pour quelqu’un qui est arrivée mariée au Canada 😉 Heureusement chaque rencontre est différente et seules les personnes traditionnelles s’attachent aux “codes”. Dating 2016 ca ne se voit plus vraiment, parole de célibataire !

  • Répondre Une Frenchie à Montréal 25 juillet 2016 at 10:10

    Ah AH AH ! J’adore ton article ! Moi aussi, je trouve ça passionnant ces différences culturelles sentimentales 😉

    • Répondre Lisa 25 juillet 2016 at 11:18

      Oui c’est énorme je trouve ! Et ce que je ne comprends pas c’est que dans les films/séries on ne voit pas ca du tout !

      • Répondre Colleen Garland 22 décembre 2018 at 3:34

        Mais si ca se voir mais vous n’y faites pas attention, c’est sous entendu. Ca se voit dasn Sex and the City, Ally Mc Beal etc

        • Répondre Lisa 22 décembre 2018 at 4:28

          Je ne regardais pas ces séries malheureusement 🙂 Je regardais des trucs plutôt teen drama cucul donc forcément ça ne se voyait pas 😉

  • Répondre Farah 25 juillet 2016 at 10:25

    ce ne sont pas des généralités je trouve, c’est malheureusement bien le reflet de la réalité en Amérique du nord et toutes les filles la bas vous le confirmerons. J’étais sortie avec un américain il y a voila 13 ans et ses amis lui avaient suggérés de ne pas me contacter avant au moins 3 jours car c’était la règle! et les filles la seule chose qui les intéressaient étaient de savoir quelle genre de voiture il conduisait si ce n’était pas une dernier modèle, il était considéré comme un loser…

    • Répondre Marie 25 juillet 2016 at 1:39

      Oui, il y a un peu de ça. J’ai un ami allemand qui est parti vivre en Californie pour le travail un certain temps. Il est resté désespérément célibataire là-bas parce qu’il n’avait pas une voiture assez belle et qu’il n’était pas assez riche…

  • Répondre Marie 25 juillet 2016 at 1:41

    Ce que j’aime bien par contre, c’est la drague québécoise, qui est toute tranquille et polie. Et ce truc de dire “‘bonjour, je m’appelle Machin” en tendant la main, je trouve ça rigolo, parce que pour le coup, on se croit dans une série télé.

    • Répondre Lisa 25 juillet 2016 at 1:44

      Je ne connais pas non plus haha ! Mais donc tu dis que c’est différent ? Je me demande pourquoi.

      • Répondre Marie 25 juillet 2016 at 2:03

        Le monsieur est précautionneux, (ça, grâce aux féministes québécoises qui ont fait le travail quelques années avant en demandant aux hommes québécois d’être respectueux), donc pas de drague lourde, pas de malaise, c’est léger et super agréable du coup.

  • Répondre Alain 25 juillet 2016 at 7:32

    Super article ! J’ignorais tout de tout ceci. C’est sûr que ça manque de spontanéité, mais peut être aussi que ce “protocole” est réservé à ceux qui ne trouveraient pas l’âme soeur de façon plus “naturelle”. Après, si tout le monde suit les mêmes règles, l’avantage est qu’on ne peut pas froisser l’autre par maladresse.

    • Répondre Lisa 25 juillet 2016 at 7:35

      Exactement ! Ca semble assez fou vu par un Français mais mes amies/collègues trouvent ça tout à fait normal et super pratique. Il est vrai que comme cest un entretien d’embauche tu sais plus ou moins où tu mets les pieds… Bien que 😉

  • Répondre John 26 juillet 2016 at 8:06

    Pas facile les relations amoureuse en amérique du nord quand tu viens de France!!! Les relations amoureuses ont bien des limites ici. Chacun veux sa liberté de célibataire mais veux un “chum” ou une “blonde” fidèle et dévouée mais sans trop d’obligation! Les femmes veulent leur indépendance et les hommes ont peur de l’engagement. Chacun part de son côté en vacances, chacun son compte en banque et surtout la liberté comme si on était seul! Je suis peut être vieux jeu mais la vie de couple c’est la fusion de deux être qui s’aime et qui veulent tout partager. Pas vraiment de délais pour le “Je t’aime” c’est comme on le sent selon notre sentiment.
    Merci pour ce bel article qui fait bien réfléchir sur l’évolution de la vie amoureuse ……

  • Répondre Gy 11 août 2016 at 11:31

    Donc ma fiancée est hors normes ?
    Canadienne originaire de Vancouver, the serious talk au bout de deux semaines, I Love You au bout de 3 mois (et c’est elle qui a commencé 😉 )…

    Ne généralisons pas! J’ai eu plusieurs dates avec des Canadiennes avant de rencontrer ma future femme et aucune n’était aussi codifiée que ce que ton article pourrait laisser croire 😉 .
    En même temps j’ai toujours été assez direct sur mes intentions lors du premier Rendez-vous, ce qui élimine les gens peu ouverts d’esprits.

    Je n’ai pas encore rencontré quelqu’un qui respecte toutes ces règles. Alors oui, elles existent et sont utilisées/respectées, mais pas toutes en même temps chez la même personne, ou alors celle-ci va avoir du mal à trouver quelqu’un de compatible.

    Note; récemment ma belle-sœur était toute paniquée puisque son nouveau boyfriend lui a dit “I Love You” après seulement deux mois… “Je l’aime bien, mais qu’est-ce qu’il lui prend de dire ça?” . Les hommes Canadiens sont ils un peu plus désespérés?

    • Répondre Lisa 12 août 2016 at 6:14

      Je me base sur ce que j’ai lu (références à l’appui) et entendu 🙂

      Je me doute que ce n’est pas partout pareil et puis j’imagine que si une canadienne veut sortir avec un français, a priori elle ne recherche pas ces codes !

  • Répondre Vincent 28 août 2016 at 4:53

    J’ai rencontré mon copain sur un site de rencontre en ligne, on a discuté pendant un mois et les “I love you!” on commencé à pleuvoir tout naturellement. J’étais tellement dingue de lui que j’ai débarqué à Toronto le 24 décembre au soir alors qu’on ne s’était jamais encore rencontré en “vrai”. Le réveillon chez ses parents, et le Xmas Dinner le lendemain avec toute sa famille. J’ai rencontré tout le monde en moins de 48h et il n’y avait pas d’équivoque sur mon statut auprès de lui. Donc en me basant sur mon expérience, notre relation amoureuse n’est ni à la française ni à la canadienne? 🙂

    • Répondre Lisa 28 août 2016 at 4:59

      Effectivement ça ne fait pas français non plus 😉 Mais c’est génial quand même ! Après je pense que les relations en ligne sont aussi très différentes d’une relation qui aurait démarré en vrai. J’imagine qu’on ne s’embarasse par de toutes les conventions qu’il y a quand on se voit en vrai 🙂 Et si je comprends bien il y avait aussi une sacrée distance entre vous ? Tu étais en France et ton copain au Canada ?

      • Répondre Vincent 30 août 2016 at 8:54

        Pour l’instant je vis toujours en France et lui en Ontario :/ Le but étant de le rejoindre le plus tôt possible. Je fais des aller-retours quand je le peux entre Paris et Toronto mais ça n’est pas évident. Pour l’instant mon profil n’est toujours pas éligible à l’immigration. J’espère que ça changera d’ici décembre. Trouver un boulot depuis la France n’est vraiment pas gagné donc on fait comme on peut. Mais une chose est sûre c’est que je veux faire ma vie avec et on y arrivera bien à un moment donné! 🙂

  • Répondre Colleen Garland 22 décembre 2018 at 3:37

    Moi quand j’ai commencer a sortir avec des americains ca a ete une revelation, j;ai eu enfin l’impression d’etre respectee et de valoir la peine qu’on me sorte. Les francais veulent vous mettre dasn leur pieu tout de suite sans meme se donner la peine de vous inviter quelque part ou de faire des acyivites avec vous.

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