Interview

(Interview) Olivia – De Montréal à Toronto


interview-oliviaPeux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Olivia, j’ai 27 ans et cela fera deux ans que j’habite au Canada maintenant. Je travaille pour une agence qui fait de la collecte de fonds par téléphone pour les ONG Canadiennes, des grosses comme UNICEF, WWF ou MSF ainsi que des fondations comme Sunnybrook par exemple. Je travaillais à Montréal mais j’ai déménagé à Toronto en janvier. Je travaille maintenant de la maison pour cette même agence.

Que faisais-tu en France et pourquoi as-tu choisi de venir t’installer au Canada ?

J’ai été diplômée d’un Master II en Corporate Finance, de l’INSEEC Paris en 2009. Après un stage de longue durée et pas de débouchés, crise oblige, une de mes amies m’a proposé de déménager dans un autre pays. On a pensé à plusieurs pays mais l’Europe était trop proche, l’Australie trop loin donc on s’est dit que le Canada ça le ferait. On a lancé le PVT en janvier 2010, et nous somme arrivées au Canada en Juin 2010.

Tu as d’abord vécu à Montréal, peux-tu nous raconter ton parcours là-bas ?

Je suis donc arrivée en Juin 2010. Des amis nous ont hébergés pendant les trois premières semaines le temps de trouver un appart. Avec pas beaucoup d’argent de côté, j’ai donc du trouver un ptit boulot rapidement. La restauration pas pour moi j’ai donc été embauchée dans une boutique de chaussures / fringues où j’ai travaillé pendant un mois avant de littéralement péter un cable, le manager était un con fini. Des clients m’ont carrément dit d’aller voir ailleurs sur leurs recommandations je suis donc allée me présenter dans un autre magasin de fringues. J’y ai travaillé pendant 2 mois avant de me dire que la vente n’était pas faite pour moi…J’ai donc démissionné mais le boss m’a dit « non ne quitte pas » du coup il m’a embauchée en tant que webmaster / gérante du site de vente en ligne et gestionnaire de communautés… Mais bon au bout d’un moment les tensions montent un peu. Pour faire court, grâce à une personne que j’avais rencontrée durant mon boulot j’ai rencontré mon copain, et je me suis dit qu’il fallait que je commence sérieusement à chercher quelque chose si je voulais rester.
Du coup je démissionne en mars 2011 de mon boulot et réussi à rentrer dans une grosse boite Montréalaise pour faire de l’interim (impression de fiche d’impôts). (Avec l’intention de faire plus)
C’est marrant j’avais au début essayé de rentrer dans pas mal de banques au guichet, mais en PVT, surqualifiée, tu as peu de chance sans connaitre quelqu’un car ils savent très bien que tu ne resteras pas longtemps là.

Bref début mai, ma mission se termine et toujours rien. J’avais un ami qui m’avait proposé d’être mon Plan B pour faire de la levée de fond par téléphone. Ca tombe bien, je suis bilingue même si la perspective de bosser un an et demi la dedans ne me plaisait pas trop. Du coup je le contacte et là il me dit qu’une position d’Account Executive vient de s’ouvrir, je passe l’entretien et je suis embauchée…depuis juin 2011. Je passe donc en visa jeune professionnel sur lequel je suis toujours actuellement.

Trouver un travail n’a pas eu l’air facile, ce n’était pas trop dur de devoir tout recommencer à zéro ?

Comme tu peux le voir dans mon parcours expliqué plus haut, repartir de zéro a beaucoup de côtés positifs mais effectivement ce n’est pas facile. Le PVT est un visa populaire et facile à avoir, beaucoup d’employeurs se sont fait avoir car les gens en PVT qu’ils embauchaient, repartaient. Certains autres en profitent mais globalement il est difficile de trouver un boulot dans le milieu de la finance sans vraiment beaucoup d’expérience et avec un PVT. A contrario, dans le milieu créatif de la pub c’est un peu plus simple. Cependant repartir à zéro m’a permis de trouver un travail que j’adore et que je n’aurais jamais penser faire avant…

Comment as-tu trouvé Montréal ? Peux-tu nous dire quels sont les bons et les mauvais côtés de la ville ?

Montréal est plus un village qu’une ville de mon point de vue. Tout le monde connait tout le monde surtout si tes amis sont dans le même secteur professionnel. La vie est sympa et peu chère les gens sont tous super intéressants et créatifs. A côté de ça, ce côté village peut être un peu lassant car Montréal est une ville assez petite finalement et on en a vite fait le tour.

Alors que tu venais de trouver un bon poste à Montréal, ton copain décide de partir à Toronto ! Pas trop difficile de tout lâcher après tous ces mois d’efforts ?

Le choix ne fut pas si difficile que cela car travaillant dans une petite agence plutôt familiale j’avais déjà préparé le terrain avec mon boss lui disant que j’allais peut être devoir déménager à Toronto à cause de mon copain (ou grâce à lui). Mon boss m’a tout de suite fait confiance et j’ai pu travailler de la maison. Il n’aurait pas accepté, cela aurait effectivement rendu la décision beaucoup plus difficile. Mais je repartais tout de même de zéro socialement et étant arrivée à Toronto début février en plein hiver et travaillant de la maison les premiers mois n’ont pas été faciles.

Comment trouves-tu Toronto ? Quels sont les bons et mauvais côtés de la ville selon toi ?

Toronto est plus impersonnelle et finalement ressemble assez à Paris (en ajoutant le côté sécuritaire). Difficile de se faire des amis comme tu n’as ni collègues ni amis d’enfance ou de lycée / université. Je commence peu à peu à vraiment découvrir la ville et ses bon côtés. Avoir une ile avec un petite plage donnant sur un lac ressemblant à un océan à 5 min de la ville c’est pour moi vraiment relaxant. J’ai passé tout mes étés sur la côte ouest française et j’ai besoin de ça.

Tu travailles actuellement pour la même boîte de Montréal mais de la maison. L’intégration n’est pas trop difficile ? Est-ce qu’on ne se sent pas trop seul quand on arrive dans une ville à 97 % anglophone et que son conjoint est lui-même anglophone ?

Le côté anglophone de la ville ne m’a jamais vraiment dérangé puisque l’anglais n’était pas une barrière pour moi. Je travaille 95% de mon temps en anglais donc pas de soucis. Cela à même un côté que j’appelle exotique car on se sent vraiment plus dépaysé dans une ville où on ne parle pas la même langue. Et puis soyons honnête, le fait d’avoir l’accent frenchie attire toujours un peu les conversations. Après comme je l’ai dit dans la question précédente, l’intégration est effectivement difficile lorsque on arrive en hiver. Après il faut se donner les moyens aussi. Je dirais aussi que les anglophone que je trouve en général plus sympa sont tout de même à prendre avec des pincettes car l’accent français bien que mignon n’excuse pas tout. Ca m’est arrivé de me faire reprendre par mon copain car je disais des choses « inappropriées » à leur yeux mais pas aux nôtres.

Comme tu as vécu et à Toronto et à Montréal, peux-tu faire un petit comparatif ? La différence de prix de loyer, les activités nocturnes etc etc.

Je ne connais pas encore bien Toronto mais de ma propre expérience voici les différences:
– Loyer : tout dépend du quartier où tu habites. Quand nous sommes arrivés avec mon ami à Montréal on s’était fixés comme budget environ 1000 –  1200 dollars pour un appart avec deux chambres. On a trouvé assez rapidement sur le Plateau, le quartier le plus français (et pas seulement francophone) de Montréal. Les prix y sont assez élevés mais on à tout à côté, les bars, les restaus et les dépanneurs. Nous y avons habités de juillet 2010 à juin 2011.
Puis j’ai emménagé avec mon copain et on en avait assez du côté français et cher alors qu’on aurait pu trouver quelque chose de plus cheap. On a donc déménagé à Hochelaga, un quartier un peu plus à l’Est de Montréal. Très accessible et pas loin du centre ville, on payait 800 dollars pour une chambre double, une chambre d’ami, un bureau et un quartier plus calme. Certes ça manquait de bars et de restos mais ça nous allait bien.

A toronto je savais que c’était cher mais je n’avais pas trop d’idées. Travaillant de la maison j’avais besoin de mon espace personnel avec tout à côté. Là sur un coup de chance on a trouvé un appart pour 1200 dollars avec une grande chambre plus une double chambre où j’ai installé mon bureau. On a un grand deck pour l’été.

– Pour les bars je dirais que généralement les prix sont moins élevés à Montréal où tu trouves facilement une pinte de bière pour 4,50$ mais encore une fois je dirais que tout est relatif. Les transports sont beaucoup plus chers au mois à toronto puisque tu paies 126 dollars ta carte de métro quand tu la paies 72 dollars à Montréal. Encore une fois, Montréal est plus petite donc ça doit jouer.

Tu m’as dit quelque chose qui m’a fait rire « Et comme un monsieur me l’a si bien décrit, à Montréal et peut-être ailleurs au Québec, le fun viens à toi sans que tu n’aies rien à faire, ici à Toronto, tu dois bouger tes fesses et aller vers le fun. Et c’est exactement ça. Pas de bras pas de chocolat. »
Est-ce que tu sous entends qu’on s’amuse moins à Toronto qu’à Montréal ?? 🙂 Est-ce que cela viendrait du fait que les francophones sont réputés plus fêtards que les anglophones ?

A Toronto, grande ville oblige, l’individualisme règne en masse. Parfois c’est bien, parfois c’est nul. Du coup si tu veux avoir du fun à Toronto, il va falloir aller le chercher. Ca rejoint un peu le problème de l’intégration. Si tu ne fais partie d’aucune « cellule » sociale comme le boulot ou la fac, il faut trouver d’autre moyens d’avoir des amis et donc du fun. Heureusement Toronto est pleine de ressources. A contrario, le côté village de Montréal, où beaucoup de personnes se connaissent, on te proposera toujours un truc à faire ici ou là….en gros tu n’as pas à chercher puisqu’on te propose des milliers de choses.

A ton avis le Canada te concernant, ça sera pour la vie ?

Je ne pense pas 🙂 On ne sait pas ce que la vie nous réserve et je préfère suivre mes envies. Qui sait d’ici trois ans, 10 ans ou bien 20 ans on en aura marre et on ira ailleurs. Pour l’instant j’y suis bien. Je suis venue au Canada avec l’optique de repartir à zéro et donc de recommencer une vie. J’aurais du mal à faire ça tous les 5 ans 🙂

Au final tu préfères quoi, Montréal ou Toronto ? Pour quelles raisons ?

Justement, j’y pensais hier, pour le boulot je rentre une fois par mois à Montréal pendant une semaine ou j’en profite pour voir mes amis aussi. Au début quand je rentrais à Montréal je n’avais pas trop envie de reprendre l’avion direction Toronto. Mais curieusement avec l’été qui est là (ou presque), j’ai fait plus de rencontres et je commence à m’y sentir bien mieux. Donc je dirais que j’aime ces deux villes pareille l’une pour sa grandeur et l’autre pour son aspect de village. J’ai la chance de finalement pouvoir vivre dans ces deux villes

Et pour finir, as-tu un conseil à donner aux lecteurs qui nous lisent ?

Si c’était à refaire, je le referais sans hésiter car ce changement, ce départ à zéro a été 100% bénéfique pour moi. J’ai reconstruit une vie ici dont je suis fière. Il ne faut pas hésiter si on a, ne serait-ce qu’une envie de partir. La partie galère fait partie du jeu, on a rien sans rien mais au final on en ressort grandi.

N. B.: * Interview réalisée en juin 2012

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5 Commentaires

  • Répondre Amandine 16 septembre 2012 at 7:21

    ¨Pour rebondir sur ton article de dimanche dernier , se loger à Toronto , il m’a l’air pas cher son logement qu’elle a trouvé !!

    Bonne chance à eux pour la suite 😀

  • Répondre Lisa 16 septembre 2012 at 7:30

    @Amandine: Ahah exact mais elle ne dit pas dans quel coin elle est ni le type de logement 😉

  • Répondre Nadège 21 septembre 2012 at 11:28

    Bonjour,

    Super blog sur l’expatriation au Canada et super design 🙂

    Si tu as besoin d’infos sur Miami, n’hésite pas !

    Bonne continuation,

    Nadège

  • Répondre Phalakone Mysay 2 octobre 2012 at 4:16

    Je suis d’accord avec ce qu’elle dit à la fin. Le départ à zéro qui lui a été bénéfique, je dirai qu’il est plutot obligatoire en tant qu’immigrant dans un nouveau pays.

    Il faut du caractère pour rester et s’accomplir dans un nouvel environnement.

    Bravo.

  • Répondre Faire une demande de RP ou de PVT ? 19 mai 2013 at 11:28

    […] à jour de 2013 : Vous pouvez lire l’interview de Farah qui a fait un PVT à Toronto en 2012, Olivia, Aymeric (presque Canadien !) ou encore […]

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