Enfant

[Guide] Voir un orthophoniste au Canada

Les orthophonistes au Canada pour les enfants sont appelés Speech Therapist dans les provinces anglophones. La prise en charge varie d’une province à une autre et il semble que l’Alberta soit particulièrement bien fournie à ce niveau où il est possible d’avoir une prise en charge totale dès qu’un enfant peut en bénéficier (il y a pas mal de conditions évidemment !).

Voir un pédiatre en Alberta

Les enfants ne sont pas du tout obligatoirement suivis par un pédiatre en Alberta. Il s’agit généralement de votre médecin de famille qui va suivre votre enfant en vous demandant de prendre des rendez-vous environ tous les 6 mois pour voir s’il a un développement catégorisé de « normal ».
Nous avons donc eu un premier suivi avec un médecin de famille qui a pris sa retraite quand TJ avait environ 18 mois. C’était un médecin très cool qui ne s’inquiétait pas outre mesure du retard qu’avait pris TJ pour marcher.
Mais à 23 mois, TJ ne marchait toujours pas. Du coup j’ai repris rendez-vous chez le médecin (un tout nouveau) qui s’est pas mal inquiété de ce retard. TJ pouvait marcher avec de l’aide mais il ne marchait pas seul et question “motor skills” il avait toujours eu pas mal de retard. Du coup, il nous a conseillé de voir un pédiatre et nous avons donc obtenu un “referral“. En théorie, c’est le seul moyen pour vous de voir un pédiatre. C’est un peu comme les dermatos ici, pas possible d’y aller sauf si vous avez un mot du médecin !

Au final nous avons eu un rdv 3 mois plus tard et TJ s’est mis à marcher (puis à courir !) 2 semaines après mon rdv initial chez le médecin… Comme quoi. Le médecin avait aussi trouvé que TJ avait un petit retard au niveau du langage et m’avait dit que la pédiatre me confirmerait ou non s’il fallait commencer à voir un speech therapist. Pour info, en Alberta du moins, on est assez à cheval sur ce qu’on appelle les “milestones“. Ce sont des étapes que doivent franchir les enfants avant un certain âge et s’ils ne le font pas, les médecins veulent vous aider le plus possible à ce que votre enfant ne prenne pas de retard (s’il n’y a pas quelque chose de plus important derrière qui ne soit diagnostiqué bien sûr).

Nous avons donc rencontré la pédiatre pour la première fois quand TJ avait un peu plus de 2 ans et si elle a confirmé qu’il n’avait plus aucun souci au niveau de la marche (il était parfaitement au niveau des autres enfants de son âge), elle a indiqué qu’il y avait du retard niveau langage qui pouvait se résorber de lui-même ou pas. Du coup elle nous a conseillé d’attendre 6 mois avant de prendre rdv avec un speech therapist. A noter que et le pédiatre et le speech therapist sont entièrement gratuits. D’ailleurs dans le cas du speech therapist, vous n’avez même pas besoin d’un referral. Ce sont les speech therapists de Alberta Health qui évalueront le niveau de votre enfant. De “Mild” à “Severe“.

TJ avait énormément de mal à s’exprimer et même à 2,5 ans, il ne disait que quelques mots qui n’étaient pas très distincts. Du coup on savait qu’on ne pourrait pas éviter de voir un speech therapist. L’avantage c’est que chez la nounou, plusieurs enfants étaient dans le même cas que lui du coup j’ai pu en discuter longuement avec les mamans.

La première session avec la speech therapist

La pédiatre m’avait annoncé un délai de 4 mois pour pouvoir obtenir un rendez-vous et au final en à peine 1 mois, j’ai eu notre premier rdv ! (Oui, l’Alberta est absolument génial pour ça ! L’attente est souvent super courte !) Le premier rendez-vous est formel, vu que l’enfant est quand même très petit (TJ n’avait même pas 3 ans), on vous pose surtout des questions, on vous demande de donner une liste de mots que l’enfant connait (si vous pouvez mettre les mots sur un papier c’est encore mieux). Avec Mister, on avait estimé que TJ ne connaissait que 10 mots grosso modo et que l’apprentissage des mots prenait excessivement longtemps.

Après 1 h de rdv, la speech therapist a donné un premier avis. TJ avait un retard de “moderate” à “severe” et pourrait bénéficier de PUF si son niveau était encore trop léger lors de son entrée à l’école en septembre. Attention, ici l’école plein temps ne démarre pas avant que votre enfant ait entre 5,5 et 6,5 ans ! A 3,5 ans, il ne va à l’école que deux matinées ou deux après midi par semaine.
PUF est un financement (c’est 100% gratuit) qui permet à un enfant ayant un retard important confirmé (n’importe quel type de retard par ailleurs) de bénéficier d’aides en plus à l’école. Exemple, un speech therapist directement à l’école dans certaines écoles voire un programme 100% adapté à votre enfant dans des écoles spécialisées. PUF est disponible dès que votre enfant atteint 2,5 ans et jusqu’à ses 6 ans. Chaque année, votre enfant doit être réévalué pour voir si le financement est toujours approprié ou non. Chaque enfant ne peut en bénéficier que 3 ans maximum. C’est vraiment une aide réservée aux enfants avant leur entrée à l’école. Je pense qu’il faut ensuite voir des spécialistes et je ne sais pas si c’est payant ou non. (Mon ancienne manager a deux enfants avec beaucoup de retard moteurs et du langage et elle voit tout un tas de spécialistes. Ce n’est pas toujours gratuit par ailleurs)
A noter que les enfants ayant été diagnostiqués avec une trisomie 21 par exemple ou étant autistes, bénéficient très souvent de PUF. Ce financement englobe vraiment tout type de retard qu’on appelle ici “disability/delay“.

Il est aussi possible de bénéficier de PUF si votre enfant a un retard jugé “mild” à “moderate” mais ce ne sera pas avant ses 3,5 ans et ce n’est disponible que 2 ans.

J’ai d’ailleurs oublié de mentionner qu’en aucun cas, on ne vous oblige à voir un speech therapist. C’est simplement votre pédiatre qui vous le recommande mais va bien vous préciser que ce n’est pas obligatoire. Un retard ou problème quelconque peut par ailleurs être détecté quand votre enfant rentre à l’école et on vous proposera alors différentes options.

La speech therapist nous a ensuite demandé d’assister à deux sessions avec d’autres parents où on vous apprend comment aider votre enfant à parler.

Les sessions avec les parents

Il s’agit de deux sessions sur deux semaines de 1h30 environ chacune. La plupart des parents avaient des garçons de 2,5 ans qui ne parlaient que très peu comme TJ mais il y avait aussi une mère dont la fille venait d’avoir 1 an par exemple et qui voulait apprendre des techniques pour la faire parler le plus tôt possible. Honnêtement, je ne comprends pas trop pourquoi on propose à ces parents de venir à des sessions où tous les autres parents ont des enfants qui ne parlent pas à quasi 3 ans. Je trouve ça débile. La nana a encore 18 mois devant elle avant de commencer à s’inquiéter.

Mais bref, la première session vous donne des clés pour les pousser à parler un peu plus et la seconde session vous permet de dire ce que vous avez observé avec votre enfant sur la dernière semaine. Est-ce qu’il y a eu des progrès ou non et on vous donne d’autres techniques pour aider encore plus votre enfant.

Quand les sessions sont terminées, vous pouvez reprendre rendez-vous avec votre speech therapist.

La deuxième session avec la speech therapist

Cette session était environ 1 mois plus tard. TJ disait à présent 50 mots, ce qui était énorme par rapport au rendez-vous initial. Il répétait désormais la plupart des mots qu’on lui disait et pouvait utiliser un vocabulaire de mots certes limité mais il était plus simple de le comprendre. La nounou avait d’ailleurs remarqué qu’il se mettait à parler un peu avec les autres petits.
Par exemple TJ pouvait désormais dire les mots plutôt que de les pointer du doigt et commençait également à faire des phrases. Pas de manière systématique mais c’était quand même un bon début. Et puis il utilisait aussi des verbes. Chose qu’il n’avait jamais faite avant.
A la fin de la session, la speech therapist nous a demandé de se revoir 3 fois jusqu’aux 3 ans de TJ pour voir où il en était. Le but était de pouvoir dire 100 mots lors de la prochaine session 1 mois plus tard. A partir de 100 mots, on estime qu’un enfant est capable de faire des phrases. Et à 50 mots, il peut commencer à combiner des mots comme “voiture verte” ou “dans voiture”.

Les sessions suivantes

A partir de la 3ème séance, la speech therapist nous a indiqué qu’il y avait 50% de chances que TJ se mette à parler tout à fait normalement dans les 6 prochains mois ou qu’il ait encore du retard et pourrait donc bénéficier de PUF. La pédiatre nous avait dit qu’il devrait être à niveau d’ici le mois d’avril environ, il restait donc 3 mois pour voir si ce serait le cas ! Pour être honnête on n’était pas tellement inquiet. TJ essayait vraiment de parler et même si ce n’était pas toujours très clair, c’était quand même vachement mieux que 3 mois auparavant où il disait à peine 2/3 mots !

Faire la demande PUF

En février j’ai inscrit TJ à sa preschool tout en precisant qu’il allait peut-être pouvoir bénéficier de la subvention. On a aussi continué nos sessions chez la speech therapist jusqu’en avril puis elle nous a indiqué qu’il était temps de faire un bilan et j’ai dû cocher les cases de deux livrets pour réussir à définir le niveau de TJ (oui, il n’était pas très réceptif à ces sessions ! Je crois qu’il détestait vraiment mais bon je ne peux pas trop le blâmer à 3 ans !). 1 mois plus tard et apres l’avoir relancée, elle m’a indiqué que TJ avait un retard important au niveau de la composition des phrases et que PUF ne serait peut-être pas de trop pour la rentrée même si à 4 mois près c’était pas sur qu’il en ait besoin… (En gros à part si votre enfant ne connait aucune evolution, rien n’est garanti avec PUF)

Entre temps j’ai été en contact avec l’organisme qui s’occupe de placer un/une speech therapist dans l’école de T.J (Solid Foundations, la dame était adorable) et elle s’est occupée d’envoyer son dossier. (Basé sur les résultats de la speech therapist de Alberta Health ainsi que sur des observations recueillies de mon côté)

Entre temps, T.J s’est mis à faire des phrases, simples certes, mais c’était déjà une grosse amélioration par rapport à la rentrée 2018 où il ne disait pas un seul mot ou presque ! Il utilisait à 75% l’anglais et finissait toujours ses phrases par un mot en français. Par exemple, “mommy, I want some pain“. Il était aussi devenu beaucoup plus facile de le comprendre même si parfois, ça restait toujours du charabia mais on voyait bien qu’il essait de répéter les mots pour les apprendre. Son gros souci étant la prononciation.

Le début de preschool

Et puis mi août, l’école m’a envoyé plusieurs papiers pour me dire que la rentrée était mi septembre et que début septembre, il fallait venir assister à deux réunions parents/profs. La lettre précisait également qu’il y aurait un “screening” pour vérifier si chaque enfant n’avait pas besoin d’aide notamment au niveau du langage. T.J parlait beaucoup mieux et j’ai donc recontacté l’orthophoniste de l’école pour lui dire qu’il fallait peut-être refaire l’évaluation. Elle m’a donc dit qu’ils attendraient septembre avant d’envoyer la demande pour PUF.

Une fois l’évaluation passée, il a été décidé de faire la demande car même si TJ s’était beaucoup amélioré, il était quand même en retard par rapport aux autres enfants de son âge.

Finalement, après plusieurs semaines d’attente (début octobre), l’Alberta a validé PUF pour TJ (Il a fallu a priori les convaincre parce que TJ ne présentait pas un retard si important que ça d’après eux) qui a désormais droit à un programme adapté et mis en place par les orthophonistes de l’école durant toute son année de pre school. Il a aussi droit à une assistante en classe qui l’aide à articuler plus distinctement ce qu’il veut/communiquer avec les autres enfants. Il n’est d’ailleurs pas le seul à bénéfier de PUF, trois autres petits garçons en bénéficient également et sont donc suivis par la même assistante. Un des petits garçons étant son “best buddy” 🙂

J’ai aussi des rendez-vous toutes les semaines avec une speech therapist + un rendez-vous mensuel avec l’école pour parler de l’avancement et des progrès réalisés par TJ. (J’ai même droit 3x par an à un rdv avec 4 personnes pour parler plus en profondeur des progrès réalisés par TJ. Il y a sa maitresse, son assistante d’éducation, sa speech therapist et la personne en charge du programme) Encore une fois, ce programme quasi incroyable n’est disponible qu’en Alberta !

A noter aussi qu’en début d’année 2020, il a été décidé de ne proposer speech therapy que 2x à TJ au lieu des 4 habituelles, son niveau s’étant beaucoup amélioré. En mai, nous devrons faire une évaluation et voir s’il a toujours droit à PUF en 2020/2021.

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