Interview

(Interview) Corinne – Travailler au Canada


corinne-polaJe cherchais une personne établie au Canada depuis un petit moment pour me parler de son expérience professionnelle ici. Corinne a gentiment proposé de se prêter au jeu de l’interview. Vous allez voir, le Canada, ce n’est certainement pas la France quand il s’agit de travailler mais quand on veut… on peut ! (Ou pas ?)

Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

Je m’appelle Corinne, je suis arrivée à Toronto en 1999, ayant obtenu un emploi chez GlaxoWellcome (à l’époque, GSK maintenant). Mon domaine est la recherche clinique de phase 1 (chez le volontaire sain). Je suis restée dans ce poste 3 ans, puis après un bref séjour en Belgique, je suis revenue à Toronto en 2003. J’ai travaillé pendant plus de 7 ans dans une boite pharmaceutique canadienne (une des rares) et je suis en ce moment à la recherche d’un emploi. Entre temps, je me suis mariée avec un canadien (anglophone), et nous avons 2 enfants complètement bilingues alors que leur père ne parle toujours pas le français ! 😉

Peux-tu nous raconter brièvement ta vie professionnelle en France ?

Je suis pharmacien industriel, diplômée de la fac de Paris V. Après près de 2 ans à travailler en officine, une opportunité s’est présentée d’aller à Edmonton (Alberta) ou j’ai eu la possibilité de m’inscrire en fac. 2 ans plus tard, un Master of Science en poche je suis rentrée en France où j’ai enfin trouvé un emploi dans ma branche (allez, je lâche le mot : pharmacocinétique ;-). Je suis restée près de 5 ans à Synthélabo (maintenant intégrée à Sanofi) mais une combinaison de situations personnelles et un désir de repartir au Canada m’ont poussé à postuler chez GW à Toronto (où je n’avais jamais mis les pieds). A ma grande surprise, j’ai décroché le poste et il m’a fallu 48h pour faire le grand saut et accepter leur offre. 3 mois plus tard, j’arrivais à Toronto.

Qu’est ce qui t’a plu au Canada au niveau du travail par rapport à la France ?

J’aimais beaucoup mon boulot en France, et j’aurais sans doute pu progresser au sein de l’entreprise, mais j’avais besoin de tenter une autre expérience. Les 2 années passées à Edmonton avaient laissé des traces, et il me semblait que je devais essayer de retenter une aventure à l’étranger. Quand une possibilité s’est présentée à Toronto, je n’ai pas pu la laisser passer.
J’avoue que l’adaptation au nouvel emploi et à Toronto ont été plus difficiles que je ne pensais. Arriver seule, dans cette grande vile assez impersonnelle, ce fut dur. Pourtant, j’ai été super bien accueillie par ma « boss » (avec laquelle je suis devenue amie, même si elle vit maintenant à San Francisco), elle a tout fait sur le plan perso et professionnel pour que je me sente le mieux possible.
Coté emploi, GW étant une grosse boite, je n’ai pas eu de gros « culture choc ». C’est plutôt dans l’état d’esprit de mes collègues que je ne me retrouvais pas. J’avais quitté un département plus que soudé à Synthelabo, une équipe où tout le monde se soutenait et faisait face dans l’adversité (nous étions au milieu d’une fusion quand je suis partie). Ici, les canadiens sont beaucoup plus policés et ne font pas de vagues. Au début, j’avais envie de les secouer mais en fait, j’ai vite réalisé que c’est plus agréable d’être entouré de gens qui ne râlent pas tout le temps !
Si je devais résumer ce qui me plait le plus, c’est ça. L’ambiance est différente, les gens sont généralement fiers de ce qu’ils font, fiers de leur entreprise et ça se sent.

Quelques regrets ou pas du tout ?

Ce que je regrette le plus c’est plutôt le manque d’opportunités dans mon secteur professionnel. Il n’existe pas de boite canadienne pour dynamiser le secteur, et la présence si proche des US n’arrange pas les choses.
Il  y aurait beaucoup à faire pour encourager la recherche, car même si les Biotech sont encouragées, elles sont souvent très petites, n’embauchent pas et se font vite avaler si elles sont prometteuses.
En ce qui me concerne, mon développement professionnel plafonne ici.

Tu m’as dit que tu ne travaillais pas pour le moment, un choix personnel ?

Non, pas du tout un choix personnel. J’ai perdu mon emploi en Juillet 2010. Notre division ayant été vendue à une boite Indienne, j’ai fait partie des licenciés.
J’avoue que ce fut très dur à avaler, Même si avec le recul, je sais que je n’aurais pas aimé rester, il me reste cette impression qu’on a pris la décision a ma place. Il m’a fallu près de 9 mois pour retrouver un emploi, identique au précédent… que je n’aurais pas du accepter. J’avoue que j’ai beaucoup hésité, mais 9 mois c’est long et on ne voulait pas partir aux US.
Bref, ce nouveau poste n’a duré que 8 mois, une boite comme je n’en ai jamais vu !!!
Re-licenciement, différente cause, mêmes effets. C’était en Février 2012, et depuis, je cherche. Mon problème, c’est que mes 2 derniers postes étaient des postes de Directeur, et que on me juge trop qualifiée pour les boulots auxquels je postule.
J’espère au moins décrocher un contrat ! Bizarre après + de 15 d’expérience d’espérer un contrat….

Peux-tu nous parler plus en détails de tes licenciements ? Que penses-tu des méthodes employées par les entreprises ?

J’ai malheureusement été licenciée deux fois et je ne le souhaite à personne même si c’est beaucoup plus fréquent qu’on ne le pense.
Je ne sais pas si les méthodes sont bonnes ou mauvaises, ce n’est pas agréable, ni a subir ni à faire subir (car j’ai eu malheureusement à licencier des employés aussi).

La première fois, on m’a laissé retourner dans mon bureau et j’ai eu 1/2h pour me retourner et partir (sans rien dire à personne).
La deuxième fois, on m’a escorté discrètement, instantanément et ça, ça a quand même un coté très humiliant.

Coté “social” j”ai eu des indemnités de départ correctes la 1ère fois (rien la deuxième), quand à EI (« Employment Insurance ») c’est pas top, et ça ne dure pas très longtemps (je suis arrivée à la fin de ce dont j’avais le droit).

Un petit mot pour les gens qui te lisent ?

Si c’était à refaire, je n’hésiterai pas, quand on a des rêves, il faut essayer de les réaliser. Ce n’est pas facile, on se sent souvent seul, isolé, décalé, mais à l’arrivée, c’est tellement enrichissant ! J’ai pratiquement changé de continent à chaque fois que je changeais de job, à un moment donné ça suffit, c’est bien de se poser… il se trouve que c’est ici, à Toronto, et ça me convient. J’ai construit ma famille et ma vie ici, et j’en suis très heureuse. 🙂

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6 Commentaires

  • Répondre [email protected] 17 février 2013 at 3:59

    Merci Corinne pour ce témoignage !

    Je te souhaite de rapidement trouver un poste. Si la situation se prolongeait, cela t’ammerait-il à changer de province ? Reprendre des études ? changer de cap professionnel ?

  • Répondre Corinne 17 février 2013 at 8:09

    Merci Karine pour ce message d’encouragement !
    En fait, depuis l’entretien, j’ai trouvé un poste, en contrat, mais une branche parallèle à mon expérience, alors je repars presque à zéro, mais c’est un pied dans une grosse boite 😉
    Changer de province, de pays, de continent, de cap c’est vrai que j’ai pensé à tout… mais c’est difficile de tout remettre en cause. Mais c’est vrai qu’une reconversion dans des domaines très différents m’a tentée, qui sait, ça me prendra peut-être un de ces jours !

  • Répondre Amandine 17 février 2013 at 10:15

    Très sympa ce genre de vécu ( immigration depuis plus de 5 ans ) , je lui souhaite de retrouver un poste dans ses attentes 🙂

  • Répondre Jessica 19 février 2013 at 10:24

    Je lui souhaite de trouver un emploi rapidement.
    Merci pour le partage

  • Répondre raphaelle 23 février 2013 at 10:12

    une très belle interview… et dire encore, qu ici personne ne t attend – sans ou bardé de diplômes…
    Bon courage pour la suite Corinne

  • Répondre Jerome 5 mars 2013 at 3:08

    Merci Corinne pour ce témoignage. On lit rarement des informations sur le licenciement des expatriés et les pratiques des entreprises canadiennes. En tous cas, bon courage pour la suite ! 😉

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