Interview

[Interview] Nicolas, à Toronto depuis 4 ans


J’ai connu Nicolas sur un forum très fréquenté par les immigrés français au Canada. Il n’a pas sa langue dans sa proche et cela lui vaut parfois des petits ennuis avec la modération 🙂 Si vous êtes adepte des forums comme nous, vous savez surement ce que cela signifie !

Peux-tu te présenter et nous dire ce que tu fais au Canada ? Sous quel visa es-tu ? Depuis combien de temps as-tu immigré ?

Tu peux m’appeler Nicolas et j’ai 38 ans, marié et deux enfants.

Je suis au Canada depuis presque 4 ans. Nous sommes d’abord arrivés ici avec des permis de travail temporaires, car c’est mon employeur qui m’a envoyé m’occuper de sa filiale au Canada.

Depuis, nous somme devenus résidents permanents, par le biais du CEC (Canadian Experience Class).

Plutôt posé ou aventurier ? Est-ce ta première expérience hors de France ?

Je suis plutôt aventurier. J’ai grandi en Asie car mon père travaillait sur des projets d’infrastructure dans des pays en voie de développement, et ensuite je suis parti par moi-même travailler aux USA, en Grande-Bretagne, en Inde, etc.

Tu es venu avec ta petite famille. Peux-tu nous en dire plus sur l’éducation des enfants au Canada et comment cela se passe quand on débarque dans un nouveau pays avec des enfants ?
Avec des enfants c’est plus compliqué forcément, et d’autant plus lorsque ceux-ci vont a l’école, car il faut se soucier de leur adaptation, de l’apprentissage d’une nouvelle langue, etc.

Ma fille avait 6 ans quand elle est arrivée, et elle ne parlait pas anglais. Il a fallu l’intégrer en douceur, dans une école d’immersion (50% Français, 50% anglais), et aujourd’hui ça se passe bien.

Ton fils est né au Canada, vois-tu des différences majeures avec une grossesse en France ?

Mon fils qui est né ici et a bientôt 3 ans et il est a la crèche, ça se passe bien.

Les crèches en Ontario sont assez chères, mais au moins il n’y a pas de problème pour avoir une place comme en France.

Sinon, quand les enfants sont jeunes, ils n’ont pas de problème d’intégration. Ils se font tout de suite des copains et sont heureux. Ils ne comparent jamais leur vie ici avec ce qu’ils connaissaient avant.

Pour la grossesse, pas de différence notoire. Mais je dirais a vue d’œil que c’est moins médicalisé qu’en France. Il y a en gros les mêmes examens et les mêmes échographies, mais j’ai l’impression que c’est moins l’usine a gaz qu’en France.

Pour l’accouchement par contre, la norme c’est une nuit d’hôpital. Tu sors le lendemain de l’accouchement, sauf si complications comme la jaunisse de l’enfant par exemple.

Ça nous a changé par rapport a la naissance de ma fille en France ou ma femme était restée 5 nuits a l’hôpital alors qu’il n’y avait pas de complications. Mais comme en France la SECU paie sans sourciller, les hôpitaux et médecins en abusent un peu… J’ai l’impression qu’ici, du moins en Ontario, c’est strict.

Décris-nous ton installation. As-tu rencontré des difficultés particulières ?

Pas de difficulté particulière pour l’installation. Nous avons eu la chance que mon employeur nous paie un déménagement, mais aussi nous donne un budget d’installation ici, pour des meubles, des équipements, des voitures de location en attendant d’en acheter, etc.

En Ontario tout est relativement simple. La bureaucratie est nettement moins lourde qu’en France, ce qui fait que les démarches sont faciles et rapides (Ontario Healthcare, carte SIN, etc).

Il n’y a que le permis de conduire qui a été un peu délicat à obtenir car nous avions oublié d’apporter nos relevés intégraux d’information de la préfecture.

Nous avons fait plusieurs « Drive Test Centres » jusqu’à en trouver un qui n’exigeait pas ce papier (Eglinton Avenue à Mississauga)…

Et ta recherche d’emploi ? Comment ça s’est passé ? Est-ce que tu travailles dans ton domaine ? Si oui, dis nous combien de temps cela t’a pris et comment se sont passés tes entretiens.

Je n’ai pas fait de recherche d’emploi tout de suite puisque je suis venu avec mon emploi, mais j’ai changé au bout de 3 ans et j’ai trouvé très facilement dans mon domaine et à un niveau de rémunération supérieur à ce que j’avais en France et égal à ce que j’avais au Canada avec mon indemnité d’expatriation.

Ta soeur et même tes parents vivent désormais au Canada. Est-ce que vous regrettez la France ? Penses-tu qu’il y a une raison particulière à l’immigration de toute votre famille au Canada ?

Ma sœur et mes parents habitent aussi en Ontario. C’est agréable d’avoir sa famille à proximité, mais j’ai aussi une sœur aux USA.

Nous sommes tous venus en Amérique pour les mêmes raisons : nous en avions assez de la mentalité Française, l’impression de ne pas avancer dans l’avenir dans un pays où les gens se regardent le nombril avec satisfaction alors qu’autour d’eux le monde se réforme et avance, l’insécurité rampante (nous venons de la région Parisienne), la paupérisation générale de la société, le déclin de l’éducation nationale, la politique spectacle (et quel sinistre spectacle), le syndicalisme de l’ère communiste, etc.

On dit que partir c’est mourir un peu chaque jour mais que mourir c’est partir beaucoup ! Qu’en penses-tu ?

Partir c’est mourir un peu ? Non pas vraiment, pour moi partir c’est le commencement d’une nouvelle vie, c’est revivre, « a new beginning ». Cette expression, c’est finalement aussi vrai que quand Coluche disait que « partir c’est crever un pneu ».  Je ne connais pas la deuxième partie de ton expression « mourir c’est partir beaucoup », mais ça m’a l’air plein de bon sens.

Quelle est finalement la principale difficulté que tu rencontres au Canada ?

Nous ne rencontrons pas de difficulté particulière au Canada. Nous sommes bien ici. J’aimerais simplement que l’hiver soit un peu moins long, mais on ne peut pas tout avoir.

Et j’aimerais aussi parfois que les Canadiens soient un peu plus « américains » dans leur mentalité. Je trouve parfois les Canadiens un peu faux, hypocrites. En ça j’aime bien les américains qui sont très directs.

Au contraire, qu’est ce qui a changé d’un point de vue positif depuis que tu ne vis plus en France ?

La plupart des choses ont changé de manière positive depuis que nous sommes ici. Une liste rapide et non exhaustive :

  • Beaucoup moins de stress dans le travail et en général dans la vie de tous les jours ;
  • Nous sommes propriétaires d’une maison ;
  • Nous avons pu acheter une voiture sans se soucier du malus écologique qui n’a d’écologique que le nom ;
  • Ma fille est bilingue, mon fils le sera bientôt ;
  • Nous bénéficions d’un confort de vie qu’on n’aurait pas pu avoir en banlieue parisienne ;
  • Nous vivons dans l’insouciance, sans crainte d’être cambriolés, agressés, volés, car-jackés, etc. Et ça c’est priceless.

Et ton cercle d’amis ? Se compose-t-il majoritairement de Français, de Canadiens ou de personnes d’autres cultures ?

Le cercle d’amis se compose de quelques Français ou Belges, et le reste ce sont des Canadiens ou d’autre nationalités non francophones. C’est un mélange donc. Mais la ou l’on est, il y a peu de Français et je ne recherche pas spécifiquement leur contact. Les choses se font naturellement, ou elles ne se font pas.

As-tu une anecdote ou un souvenir qui t’a marqué à nous faire partager ?

1/ La télévision : Je ne suis pas un super fan de télévision française, comme certains sur les forums qui font des pieds et des mains pour continuer à regarder TF1 ou M6 au Canada. C’est sympa d’avoir TV5 pour les infos Européennes de temps à autre.
Je me suis acclimaté à la télévision canadienne (anglophone) et américaine, malgré les pubs, et sinon on regarde essentiellement des films et des séries sur l’ordinateur.

Je crois qu’au bout d’un moment, si tu pars vivre à l’étranger, il faut savoir laisser de côte ton camembert, ta baguette et Tf1/M6, sinon autant rester dans ton pays.

2/ Les relations avec les Canadiens : Elles sont toujours un peu bizarres. Les Canadiens sont très gentils et souriants quand tu as affaire à eux, normalement, mais à certains moments, que ce soit au travail ou ailleurs, on a un peu l’impression d’être entouré d’autistes. Exemple quand je dépose mon fils à la crèche le matin, je dis bonjour aux autres parents que je croise, certains répondent bonjour du bout des lèvres (par obligation), d’autres font comme s’ils ne m’avaient pas entendu et passent leur chemin, et d’autres encore font des pieds et des mains en rasant les murs pour éviter de croiser les regards. Au boulot pareil. Le matin les gens ne te disent bonjour que s’ils ont besoin de te parler, sinon ils passent devant toi sans te voir. Et là pareil, j’ai des collègues que je croise dans le couloir, un couloir blanc avec rien à voir sur les murs, ils marchent en regardant le mur plutôt que de croiser mon regard et devoir dire bonjour. C’est pareil lors de réunions parfois aussi, les gens regardent partout sauf dans ta direction.

C’est space. Ça ne me dérange pas plus que ça, car je ne suis pas non plus un adepte de la bise ou du « hug », mais parfois c’est bizarre et on a l’impression que les gens sont autistes.

Je précise que tous les Canadiens ne sont pas comme ça, mais c’est fréquent quand même, même mon patron est comme ça.

En ça je ne comprends pas très bien les gens qui parlent de « mentalité Nord-Américaine ». Ça n’existe pas. Les Québécois sont très différents des Canadiens anglophones qui eux-mêmes sont très différents des Américains.

Il n’y a pas de mentalité ou culture Nord-Américaine, tout au plus un mode de vie similaire.

Tu es très présent sur un forum lié à l’immigration au Canada. Quels conseils donnes-tu aux gens qui souhaitent venir tenter l’aventure ?

Je ne suis PAS très présent sur ce forum. J’essaie d’y aller de temps en temps pour me faire une idée des vagues de Français qui souhaitent venir au Canada, de leurs motivations, des programmes d’immigration disponibles, etc. Je les conseille comme je peux, sur les démarches ou programmes d’immigration que je connais, mais souvent je mets en avant le fait que le Canada ne se limite pas au Québec.

Malheureusement il y a sur ce forum une forte proportion de gens complètement demeurés, dont un bon nombre de Québécois, qui rendent la participation impossible sans tomber immédiatement dans des disputes et querelles de clochers entre Français et Québécois. C’est pénible, mais ça rappelle s’il était besoin que le Québec n’est pas forcément la province ou les Français seront le mieux accueillis et le mieux lotis.

Et alors le Canada, c’est vraiment l’eldorado ? Te verrais-tu en partir un jour ?

Le Canada n’est pas l’Eldorado, mais il a le mérite d’exister, d’offrir un autre mode de vie, et de permettre d’y immigrer relativement facilement.

Je ne me vois en partir que si une opportunité d’expatriation professionnelle se présente, et ce ne sera pas pour rentrer en France.

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5 Commentaires

  • Répondre Guillaume 22 août 2015 at 6:40

    Bonjour,
    Merci pour cette interview très intéressante !
    Je pense de la même façon concernant la mentalité Française : je ne veux plus vivre dans un pays où l’assistanat est roi et l’insécurité de plus en plus présente (et c’est de plus en plus grave).
    Suite à une partie de mes études faite à Québec en 2013 et qui m’a initié à la vie Canadienne, je planifie d’immigrer au Canada après plus de deux ans de réflexion et de travail à Paris (qui n’ont fait que confirmer mon choix), je souhaiterais si possible échanger avec Nicolas par message privé, pour avoir son avis sur plusieurs points (démarches d’immigration, visa, conseils etc.. des questions assez précises en fait) ?
    Merci d’avance de la réponse !

    • Répondre Lisa 24 août 2015 at 4:23

      Je le laisse répondre à la question ou m’envoyer un petit email pour me dire s’il est d’accord pour que je te donne son email 🙂 (j’ai tes infos en commentaires)

      • Répondre Nicolas 26 août 2015 at 1:15

        Salut Lisa. Tu peux donner mon mail.

  • Répondre Waterpeach 8 février 2016 at 11:37

    Bonjour à tous. Je découvre à peine le blog et déjà je ne peux m’arrêter de lire les différentes interview, c’est passionnant. Mais je réagis ici parce que je me sens très proche de Nicolas concernant sa critique sur la France. Sans revenir sur le climat d’insécurité grandissant qui me semble évident, je diras plus globalement que c’est le déclin dans tous les domaines et le manque d’ambition en général qui me poussent à vouloir partir, surtout pour nos enfants, parce que arrivant dans la 40aine c’est pas forcement la meilleure période pour les grands changements, encore que dans mon cas je trouve ça plutot excitant. Apres c’est sur que de bouger dans le cadre d’un job bien encadré ça fait moins peur que de vouloir tout recommencer sur place…
    A ce propos je sais pas comment on peut entrer en contact avec d’autres internautes ici, mais comme je démarre à peine les demandes d’immigration, j’aimerais bien avoir des conseils de français qui ont bougé en Ontario avec un ou deux enfants (pour quel profil d’immigration opter etc…)
    Merci !

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