Expérience

[Billet d’humeur] Les amitiés canadiennes

Vous avez surement dû lire un peu partout (ou pas) que devenir ami avec un Canadien est un peu compliqué.

En fait, je ne pense pas que ce soit plus dur qu’ailleurs mais il est évident que quand on vient de débarquer au Canada, forcément on n’a pas vraiment les mêmes références. On dit aussi que les Canadiens sont souvent devenus amis avec leurs copains actuels il y a des années, école, collège, université… Bref j’y ai réfléchi et je me suis dit qu’en fait pour nous aussi, Français, c’était forcément similaire.
Mes copains les plus fidèles datent du collège/lycée/université. J’en ai rencontré d’autres au boulot et pas mal au Canada (puisque c’est beaucoup plus facile de se faire des amis quand on est plusieurs à avoir immigré dans le même pays) mais disons que ceux en France dont j’ai toujours des nouvelles de manière très régulière datent d’il y a pas plus de 10 ans.

Donc bref, moi aussi, beaucoup de mes amis sont donc issus de mes jeunes années.

Toronto

A Toronto honnêtement, je n’avais pas forcément envie de faire des efforts pour me trouver des copains Canadiens. Je venais de débarquer et les boulots que j’ai eu étaient dans ma branche mais ne m’ont souvent pas tant intéressés que ça. Surement parce que :

  1. J’étais jeune immigrée
  2. Je ne connaissais pas tous les codes
  3. J’avais beaucoup moins d’expérience

Bref il a fallu attendre Calgary pour que je m’immerge à 100% dans un environnement anglophone et qu’on dépasse complètement mon statut de Française qui est forcément bilingue et qui aime forcément les boulots de chiotte. Parce que faut pas se leurrer, à Toronto, un bon 80% des postes bilingues sont pour des trucs pourraves qui aident bien quand on est en PVT mais qui ne permettent pas vraiment de trouver le job de sa vie plus tard ! Perso être CSR ou bosser dans une boulangerie, non merci.

J’ai eu mon premier « vrai » job à l’université, tout début 2011. Ma « manager » de l’époque, plutôt une superviseur en fait, était une grande pipelette. Elle adorait le fait que je vienne de Paris mais était du genre TMI (too much information, genre elle en disait beaucoup trop sur sa vie perso)
Elle m’avait invité à ses 30 ans dans un bar branchouille de Toronto. A l’époque, j’étais au Canada depuis 6 mois et j’avais vraiment du mal à comprendre toutes les subtilités canadiennes. C’était beaucoup plus dur pour moi de discuter avec quelqu’un que je ne connaissais pas du tout par exemple. De quoi pouvait-on bien parler ? Il y a tout un tas de codes qu’il faut connaître. Le côté ultra friendly des Canadiens qui n’est souvent là que pour faire joli, le côté on parle de tout et de rien juste parce qu’on ne sait pas quoi dire etc. Bref ça me paraissait totalement inintéressant. J’avais 24 ans et pas vraiment envie de découvrir tous ces codes en étant « so new » comme me disaient les Canadiens.

Cela dit, même 6 ans après, on me dit que je suis « so new ». Faut-il donc dépasser le seuil des 10 ans pour paraitre être un vieux de la vieille ? Perso après 2 ans, je me trouvais déjà bien intégrée et + mature qu’en arrivant. Dans une vie d’immigré, 2 ans équivaut surement à 5 ans. Donc 6 à + de 10 ans ! On apprend tellement de choses en peu de temps qu’on a l’impression de prendre 10 ans dans la face. Vous pouvez demander à n’importe quel immigré, je pense qu’il vous dira la même chose.

Et puis toujours la même année il y a eu Katie et Mark, deux Canadiens qu’on avait rencontré à la salle de sport. (The Gym comme on dit ici) Je ne sais pas trop ce qui leur avait plu car on n’avait jamais vraiment discuté de quoique ce soit à part se raconter des banalités mais surement que le côté français les avait intrigué. Bref on avait été invités chez eux à diner puis à un de leur bbq.

Il y avait l’énorme télé en fond qui passait un match de football américain et on mangeait avec le plateau à 50 cm de la télé. Ceux qui me connaissent savent que ce n’est PAS du tout mon truc. Mais ils étaient super gentils et Katie s’était vraiment démenée pour faire un bon plateau télé. Quand on sait que la bouffe de base canadienne est vraiment dégueulasse, ça tenait du miracle.

Il y a eu la fois où on les a invités chez nous avec les fameuses crêpes qu’ils ont à peine touchées et puis il y a le bbq bien arrosé (enfin surtout pour eux !) avec les copains très ploucs dont un qui avait une valoche de bières et un chien qu’il tenait dans les bras. Ou le mec qui passait sa vie avec son chien. Bref, c’était intéressant à voir mais disons qu’on ne se sentait pas super proches d’eux ! Ensuite ils ont eu un enfant et puis ça a été la fin de cette courte amitié. Encore une fois, je dois dire qu’on n’a pas vraiment essayé de creuser plus loin. Et il vaut mieux par ailleurs car les Canadiens font pareil donc il faut éviter de prendre mal le fait qu’ils ne vous invitent pas en retour par exemple.

Calgary

C’est à Calgary que j’ai vraiment commencé à creuser ces amitiés. Et surement parce ce que j’ai toujours été dans un environnement 100 % anglophone donc ça aidait certainement. Avant je bossais avec pas mal de francophones. Et puis après quelques années ici, on comprend quand même les codes et les subtilités. Il y a une certaine façon de s’exprimer. De montrer qu’on est d’accord, de s’intégrer etc. Tout un tas de codes qui sont difficiles à comprendre  quand on débarque au Canada avec ses codes de Français.

Pour vous situer, je me souviendrais toujours d’un entretien d’embauche que j’ai passé en 2011. J’avais eu l’impression que ça s’était bien passé et lors des fameux appels pour obtenir les références d’anciens employeurs, la recruteuse a fait savoir à ma référence qu’il y avait des trucs qui ne passaient pas et que ça devait être « culturel ». A l’époque je l’avais super mal pris. Ca fait un peu la nana qui débarque de son pays et qui n’a rien compris à la vie ou qui ne sait pas s’adapter !
Bien plus tard j’ai compris que j’avais dû dire des choses qui ne passent simplement pas aux yeux d’un Canadien. (Cela étant dit, c’est quand même super rare qu’une boite balance des trucs comme ça sur vous à une référence ! Enfin perso, je n’ai jamais entendu ça de ma vie à part ce jour là !)

Par exemple, ici les gens s’extasient pour un rien. Bon pas tous évidemment mais c’est une marque d’intéressement. (Même si en fait ils s’en foutent royalement !) C’est paradoxal mais ça permet de conserver une bonne ambiance même si certains diront qu’elle est fausse. Ce n’est pas faux mais il ne faut pas non plus toujours voir le verre à moitié vide. Les Canadiens peuvent s’extasier sur quelque chose pendant plusieurs minutes juste parce qu’ils adorent vraiment ce dont vous parlez.

Enfin j’aurais tendance à dire qu’il devient naturellement plus facile de se faire des amis Canadiens avec le temps quand tout ce dont je vous ai parlé a été acquis et compris.

J’ai donc facilement et assez naturellement réussi à devenir proche de certains collègues et je dirais même qu’on est amis aujourd’hui.

Etant donné que Baby J. est encore très jeune, je n’ai que peu eu l’occasion de tester les amitiés « mamans avec bébés » mais je sens que ça va devenir de plus en plus régulier ! J’ai déjà des discussions au sujet des enfants donc… ça ne tardera plus tellement pour se faire inviter à des goûters j’imagine.

Il est clair que devenir ami avec un Canadien fait partie de tout un processus qu’il ne faut pas négliger et surtout il faut éviter le sempiternel « Les Canadiens ont déjà leurs amis depuis des plombes donc ça ne sert à rien d’essayer. » Non c’est faux. Ca peut dérouter des Français de prime abord mais je ne suis pas persuadée qu’un Canadien en France trouve plus facile de se faire des amis Français.

Quelques petits trucs à partager de votre côté ?

Article précédent Article suivant

Vous aimerez aussi :

4 Commentaires

  • Répondre Une Frenchie à Montréal 6 novembre 2016 at 5:58

    Merci pour ce partage de ton expérience sur le sujet. Je suis toujours autant fan de tes récits ! Compte sur moi pour le partager à mon tour 😉

    • Répondre Lisa 7 novembre 2016 at 8:40

      Merci beaucoup pour les partages 🙂

  • Répondre Marlène 13 juillet 2017 at 12:16

    C’est vrai qu’il faut du temps pour avoir une amitié proche. Pour moi ça s’est manifesté au bout de 2 ou 3 ans suivant les personnes. Et des fois au bout d’1 an aussi. Mais ça me dérange pas. Chacun va a son rythme. Je connais beaucoup de personnes (Québécois) avec qui je passe du bon temps régulièrement parce que on a des passions communes.
    Sinon au boulot je mange seule, mais ça me dérange pas. Je travaille avec 2 boss et ils mangent dans leur bureau. Et ils sont souvent pas là, chose que j’apprécie aussi car je peux commenter des blogs sans me faire griller lol. Je précise que je fais le travail qu’il faut. Puis au bout d’un moment t’as tout finit ce que tu avais à faire, donc non guilty.

    • Répondre Lisa 13 juillet 2017 at 6:30

      Oui la règle c’est de ne pas pousser, laissez les gens t’inviter chez eux etc. Toujours plus facile avec des Français mais bon ça ne garantit pas non plus une amitié sur le long terme 🙂

      Tu es dans un open space avec tout le monde qui voit ce que tu fais ?

    Laisser un commentaire